LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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La proximité de la France avec l’Espagne fit que, de tous temps, des opposants politiques aux différents régimes espagnols trouvèrent refuge de l’autre côté des Pyrénées. Si l’on parle souvent des émigrés politiques de 1939, il ne faut pas pour autant oublier que Paris avait également ouvert ses portes aux « Afrancesados » (appartenant à la cour de Joseph Ier), aux « carlistes » (partisans de Charles V), aux « Cristinos » (partisans de la reine Christine) ainsi qu’aux ultraroyalistes durant la première moitié du XVIIIe siècle. Au début du XXe siècle, la ville lumière accueille également des anarchistes et des socialistes.

Une deuxième vague d’exil politique, moindre, survint lors de la dictature de Primo de Rivera entre 1923 et 1931 puis lorsque la République fut proclamée le 14 avril 1931 entraînant la cour du roi à se regrouper autour du duc de Baena en exil à Paris.

L’arrivée massive des réfugiés en 1939 forma une nouvelle vague d’émigration politique : sur les 470 000 à 530 000 Espagnols en France début 1939 suite à la Retirada [1] , seuls environ 100 000 étaient encore présents en France métropolitaine en 1945 [2] . Ce chiffre est confirmé par Javier Rubio qui estime l’émigration politique espagnole à 125 000 personnes en 1950 [3]. Beaucoup d’entre eux venaient de Catalogne, de Madrid, du Pays basque, d’Aragon et des Asturies. A la différence des migrants économiques – souvent ruraux -, ils représentaient une population plus urbaine. Internés dans des camps du sud de la France, ils n’avaient dans un premier temps pas le droit de s’installer en région parisienne. Après le déclenchement de la guerre, ils connurent souvent la vie dans les compagnies de travailleurs étrangers (CTE) puis les groupements de travailleurs étrangers (GTE). Forts de leur expérience en Espagne, ceux qui le purent rejoignirent la résistance – dont on se souvient aujourd’hui à traversla Nueve. Certains aussi furent envoyés dans les camps de concentration en Allemagne (un hommage fut rendu aux victimes du camp de Mauthausen au cimetière du père Lachaise en 1969). Si en 1945 près de la moitié des Espagnols résidaient dans le Sud-Ouest et le midi, Paris et sa région n’en étaient pas moins attractives : de nombreux partis politiques et le gouvernement républicain en exil s’y étaient installés, un réseau de solidarité y était déjà en place. Un rapport du ministère de l’Intérieur sur les Espagnols en France au 31 décembre 1950 indique que les réfugiés représentaient 24% de la colonie espagnole dans la Seine et 30,9 % dans la Seine-et-Oise [4]. Il faut cependant se garder de minimiser les difficultés rencontrées : il fallait en effet trouver un logement, un travail.

Aussi, à partir de 1945, cette immigration est portée par les enfants des réfugiés. Ces derniers n’avaient que la mémoire transmise de la guerre civile et avaient commencé leur instruction dans l’Espagne franquiste. Certains parmi eux montèrent à Paris pour retrouver leur famille, dispersés lors de la Retirada. D’autres, opposés au franquisme, n’avaient pas de parents en France mais étaient engagés politiquement contre Franco et fuyaient la répression. Cette « nouvelle génération » s’installa le plus souvent directement à Paris. Selon Pascale Gauthier, un premier pic eut lieu entre 1946 et 1951. Les années 1953, 1956, 1959 et surtout 1962 accueillirent un grand nombre d’exilés politiques. La vague d’immigration s’estompa en 1966 pour réapparaître entre 1968 et 1970 [5] .

Il n’y avait pas une mais des immigrations politiques. Si les réfugiés politiques en France étaient tous républicains, leurs tendances politiques étaient diverses et les dissensions apparues lors de la Guerre d’Espagne étaient encore d’actualité en exil. Dans un rapport datant de 1948, les services de la Direction de la surveillance du territoire recensaient, pour toute la France, 98 000 affiliés et sympathisants d’organisations politiques espagnoles, divisés comme suit : 41 000 anarchistes (principalement du CNT), 30 400 socialistes (PSOE) et 22 000 communistes (PCE, PSUC) [6].

Chacun des partis développa son propre réseau de solidarité, ses organisations syndicales et un certain nombre d’associations pour non seulement encadrer les émigrés espagnols mais également contrecarrer l’influence de l’Etat franquiste et de l’Eglise catholique d’Espagne (comme, par exemple, Solidaridad democratica, Solidaridad sin frontera ou l’Atenéo pour le PSOE ; el CISE et Iberia Cultura pour le PCE). Il faut cependant nuancer cette assertion : en effet, le mouvement associatif s’est également créé de manière autonome, se focalisant non pas sur des questions politiques mais sur des questions sociales. Les partis politiques s’y investissent plus massivement après 1975 et rejoignent alors un monde associatif préexistant. Les organisations associatives jouaient un triple rôle pour les émigrés espagnols : elles étaient espace de socialisation, espace d’assistance et espace de revendications. Les partis politiques avaient donc tout intérêt à s’y investir. C’était également pour eux un moyen d’atteindre les émigrés politiques ou économiques, qui bien que d’une sensibilité de gauche, n’avaient adhéré à aucun parti politique.

Références :

- Milza, Pierre, Denis Peschanski (dir.), Exils et migration. Italiens et Espagnols en France (1938-1946), l’Harmatten, Paris, 1994.

- Dreyfus-Armand, Geneviève « Présence espagnole en France : la forte empreinte des républicains », in Migrance, Un siècle d’immigration espagnole en France, Numéro Hors-série, 3e trimestre, 2007.

- Gauthier, Pascale, L’épopée des Espagnols à Paris de 1945 à nos jours, L’Harmattan, Paris, 2010.